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Représentation en France

Discours de la Présidente von der Leyen au Parlement européen - du rapport Draghi à la réalité

Seul le texte prononcé fait foi.

  • Discours
  • 11 février 2026
  • Représentation en France
  • 9 min de lecture
Participation of Ursula von der Leyen, President of the European Commission, in the plenary session of the European Parliament

Merci Madame la Présidente, chère Roberta,

Madame la Vice-Ministre Raouna,

Mesdames et Messieurs les députés,

Lors de la dernière séance plénière, nous nous sommes attardés sur les bouleversements géopolitiques qui secouent l'Europe et sur notre réponse unie. Mais notre puissance sur la scène internationale dépend en grande partie de notre force sur le front économique. La compétitivité est non seulement le fondement de notre prospérité, mais aussi celui de notre sécurité et, en fin de compte, de nos démocraties. C'est pourquoi la compétitivité figurait dès le départ en tête de nos priorités. Dès le début du mandat, nous nous sommes inspirés des rapports Draghi et Letta pour former un plan pour le changement. Et depuis lors, l'année a été riche en actions. Avec le pacte pour une industrie propre. Les fabriques et giga-fabriques d'IA. Cinq nouveaux accords commerciaux. Dix trains de mesures de simplification omnibus. Des plans d'action sur mesure pour les industries automobile, chimique et de l'acier. L'union de l'épargne et des investissements. La plus forte augmentation des investissements dans la défense de notre histoire, avec l'instrument SAFE et la feuille de route pour la préparation de la défense à l'horizon 2030. Et bien d'autres actions encore. Voilà l'état d'esprit placé sous le signe de l'urgence que nous avions promise. Et nous maintiendrons le cap coûte que coûte jusqu'à ce qu'à ce que notre objectif soit atteint.

Aujourd'hui, je voudrais me concentrer sur les progrès accomplis et sur les prochaines étapes dans trois grands domaines. Premièrement, le commerce. Deuxièmement, le marché unique. Troisièmement, la simplification.

Commençons par le premier domaine : le commerce. Pour être compétitive, l'Europe doit être indépendante. À l'heure actuelle, nos dépendances peuvent être utilisées comme des moyens coercitifs. Nous devons donc éliminer les goulets d'étranglement dans nos chaînes de valeur les plus stratégiques. Nous pouvons pour ce faire accélérer la production en Europe, et élargir notre réseau de partenaires fiables. C'est pour cette raison que le commerce est si important. Nous devons nous attacher tout particulièrement à offrir de nouvelles possibilités de croissance à nos entreprises et à leur ouvrir de nouveaux marchés. Nous devons nouer davantage d'échanges commerciaux fondés sur des règles avec les partenaires qui partagent les mêmes valeurs que nous. En 2025, nous avons conclu des accords commerciaux avec le Mexique, l'Indonésie et la Suisse. Le mois dernier, nous avons signé notre accord commercial avec le Mercosur, ce qui marque une avancée décisive après 25 ans de négociations. Et il y a deux semaines, j'étais en Inde pour signer le plus grand accord de libre-échange jamais conclu. C'est l'accord du siècle : s'ouvre à nous un marché qui représente deux milliards de personnes et 25 % du PIB mondial. Cet accord offre à l'Europe un accès unique à la grande économie qui connaît la croissance la plus rapide, ce qui confère un avantage évident à nos entreprises du fait de leur position de premier entrant. Cela apporte non seulement une bouffée d'oxygène aux exportateurs européens, mais ouvre également d'autres chaînes d'approvisionnement dans des secteurs stratégiques, notamment les puces et les technologies propres. Et d'autres accords commerciaux sont en cours de négociation avec l'Australie, la Thaïlande, les Philippines et les Émirats arabes unis. Telle est la voie européenne vers l'indépendance. Et le moment est venu pour l'Europe de prendre son indépendance.

Je continuerai avec le marché unique. Le FMI affirme que les barrières interétatiques au sein de notre Union sont trois fois plus élevées que les barrières interétatiques aux États-Unis. Comment pourrions-nous dans ce cas affronter la concurrence sur un pied d'égalité ? Nous possédons la deuxième plus grande économie au monde, mais nous lui mettons nous-mêmes des bâtons dans les roues. Il y a toutefois une bonne nouvelle : c'est qu'il est possible d'y remédier. Mais nous devons nous concentrer résolument sur le marché unique. Et éliminer les obstacles un à un. C'est pourquoi, le mois prochain, nous proposerons le 28e régime. Nous l'appelons « EU Inc », un ensemble unique et simple de règles qui s'appliqueront sans discontinuité dans toute l'Union afin que les entreprises puissent beaucoup plus facilement exercer leurs activités dans tous les États membres. Nos entrepreneurs seront en mesure d'enregistrer une entreprise dans n'importe quel État membre dans un délai de 48 heures, et ce entièrement en ligne. EU Inc facilitera l'accès au financement lors des phases de démarrage et d'expansion. EU Inc permet le bon déroulement des opérations transfrontières et la liquidation rapide d'une entreprise, en cas de faillite. C'est la vitesse dont nous avons besoin. Et c'est ce qui rend l'Europe « facile ».

Il en va de même pour les marchés des capitaux. Permettez-moi de reprendre l'exemple des États-Unis. Un seul système financier, une seule capitale financière et une poignée d'autres centres financiers. Ici, en Europe, nous avons non seulement 27 systèmes financiers différents, chacun avec son propre superviseur, mais aussi plus de 300 plateformes de négociation à travers notre Union. C'est de la fragmentation à outrance. Nous avons besoin d'un marché des capitaux vaste, profond et liquide. Et c'est l'objectif de notre union de l'épargne et des investissements. Nous avons émis des propositions pour l'intégration et la supervision des marchés. Et maintenant, nous avons besoin de vous pour les concrétiser. Nos entreprises ont besoin de capitaux ici et maintenant. Tâchons d'y arriver dès cette année. Le plan idéal est d'agir à 27. Mais si cela n'est pas possible, le Traité permet la coopération renforcée. Il faut avancer et faire tomber les barrières qui nous empêchent d'être un véritable géant mondial.

Mesdames et Messieurs les députés,

Compléter notre marché unique signifie également parachever notre union de l'énergie. Cette étape est cruciale pour réduire encore davantage les prix et rendre l'Europe abordable pour tous. Les prix demeurent trop élevés et volatiles. Et nous savons pourquoi. Cela est dû à un manque d'interconnexion, de réseaux et à notre dépendance vis-à-vis des combustibles fossiles. Les données sont claires comme le jour. En 2025, l'électricité tirée du gaz coûte en moyenne plus de 100 euros par mégawattheure. Et combien coûte l'électricité solaire ? 34 euros par mégawattheure. L'électricité nucléaire ? Entre 50 et 60 euros par mégawattheure. Les chiffres parlent d'eux-mêmes. Les énergies à faible intensité de carbone ne sont pas seulement locales et propres. Elles nous garantissent également plus d'indépendance, plus de sécurité et des coûts plus faibles. C'est pourquoi, aujourd'hui, nous investissons fortement dans l'énergie à faible intensité de carbone. L'année dernière, pour la toute première fois, nous avons produit plus d'électricité solaire et éolienne que d'électricité tirée de l'ensemble des combustibles fossiles. Et l'énergie nucléaire occupe une place de plus en plus importante chaque année. Mais il faut aller plus loin. Afin de réduire et de stabiliser les coûts, nous avons besoin d'infrastructures pour une véritable union de l'énergie. C'est pourquoi nous avons présenté le train de mesures sur les réseaux européens. Celui-ci permettra d'accélérer l'octroi de permis et la construction d'autoroutes de l'énergie dans toute l'Europe. Rien que le mois dernier, nous sommes parvenus à un accord sur un premier projet de ce type : l'Île énergétique de Bornholm. L'objectif est de construire un nouveau pont entre le Danemark et l'Allemagne, reliant ces deux pays à un parc éolien en mer produisant 3 gigawatts d'énergie. Ainsi, nous ferons du vent de la mer Baltique plus qu'une ressource nationale : une puissance européenne partagée. Notre but est simple : l'énergie propre doit circuler librement dans l'ensemble de notre Union.

Enfin, concernant la préférence européenne. Je pense que dans les secteurs stratégiques, la préférence européenne est un instrument nécessaire qui contribuera à renforcer la base de production propre à l'Europe. Elle peut aider à créer des marchés de pointe dans ces secteurs et soutenir l'augmentation des capacités de production européennes. Mais je tiens à être clair : il s'agit d'un exercice délicat. Il n'existe pas de solution unique. C'est pourquoi chaque proposition doit s'appuyer sur une analyse économique solide  et être conforme à nos obligations internationales.

Mesdames et Messieurs les députés,

Pour atteindre nos objectifs, nous devons agir avec un fort sentiment d'urgence. Il nous faut établir un calendrier clair et impliquer tous les acteurs dans la réalisation des projets. Voilà pourquoi nous avons besoin d'une feuille de route conjointe pour le marché unique à l'horizon 2028. J'entends proposer que nous approuvions ce projet, en association avec le Parlement et le Conseil, lors du Conseil européen de mars. Il s'agira de s'engager à adopter rapidement certaines propositions clés d'ici la fin de l'année. Car le temps nous est compté.

Mesdames et Messieurs les députés,

Je terminerai en évoquant la simplification. Nous savons tous combien cet élément est essentiel. Les entreprises européennes nous informent qu'elles dédient presque autant de temps aux démarches administratives qu'à la recherche et au développement. Cette conclusion est inacceptable. Nous avons fait de la simplification un sujet central. Et en un an, nous avons fait plus de progrès qu'au cours des dix années précédentes. Nous avons déjà proposé de réduire drastiquement, de 15 milliards d'euros par an, les coûts administratifs des entreprises. Pour ce faire, toutes les initiatives omnibus devront atteindre leur but. Toutefois, il nous faut également nous intéresser à l'échelon national. La surréglementation reste encore trop présente, avec des éléments de législation nationale qui ont pour seules conséquences de compliquer la vie des entreprises et de créer de nouveaux obstacles au marché unique. Permettez-moi de vous donner un exemple. En Belgique, un camion peut peser jusqu'à 44 tonnes. Or, s'il traverse la frontière française, il ne peut pas dépasser la limite de 40 tonnes. En juin 2023, nous avons proposé de légiférer pour harmoniser ces règles. Deux années plus tard, la question fait encore l'objet de débats entre les co-législateurs. Un autre exemple : le transfert de déchets d'un État membre à un autre devrait être efficace, simple et rapide. Pourtant, la diversité des pratiques nationales rend cette procédure inutilement complexe. Certains États membres acceptent uniquement, par exemple, la correspondance par fax. Il faut parfois plusieurs mois à un exploitant pour obtenir une autorisation de transfert, en fonction des différentes règles des différents États membres. Si nous souhaitons réellement une simplification, nous devons lutter contre la surréglementation et la fragmentation. Il est plus que temps de procéder à un grand ménage réglementaire, et ce à tous les niveaux.

Mesdames et Messieurs les députés,

Ce qui importe désormais, c'est la vitesse de réalisation. Chacun a son rôle à jouer. L'heure est à l'unité et à l'urgence. C'est ainsi que nous ferons accélérer l'Europe. C'est ainsi que nous la rendrons plus forte.

Merci, et longue vie à l'Europe.

Date de publication
11 février 2026
Auteur
Représentation en France