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Représentation en France

Non l’Espace Schengen n’est pas une passoire !

  • Article d’actualité
  • 16 février 2026
  • Représentation en France
  • 7 min de lecture

L’espace Schengen désigne un espace de libre circulation qui compte plus de 425 millions de personnes dans 29 pays : 25 des 27 États membres de l’Union européenne, ainsi que les membres de l’Association européenne de libre-échange (Islande, Liechtenstein, Norvège et Suisse). Véritable acquis pour les citoyens et les entreprises, Schengen permet le franchissement des frontières intérieures sans contrôles systématiques pour toute personne entrée légalement sur le territoire d’un État de l’espace Schengen.

Romania joining the Schengen area - Calafat

Chaque jour, 3,5 millions de personnes franchissent une frontière intérieure pour travailler, étudier ou rendre visite à leurs proches, tandis que 1,7 million de personnes résident dans un pays Schengen et travaillent dans un autre. À l’échelle annuelle, les Européens effectuent environ 1,25 milliard de voyages au sein de l’espace Schengen. Cette fluidité profite également à l’économie : 32 millions d’entreprises européennes bénéficient de transports plus rapides, de coûts réduits et d’échanges facilités, au cœur du marché unique. Face aux crises et aux nouveaux défis, l’espace Schengen évolue et s’adapte. Les règles communes ont été renforcées afin de mieux concilier liberté de circulation, sécurité et résilience, en veillant à ce que les contrôles aux frontières intérieures demeurent exceptionnels, proportionnés et temporaires.

Liberté

La suppression des contrôles aux frontières intérieures a profondément changé le quotidien des Européens.

Schengen permet :

  • de voyager plus simplement pour le travail, les études ou le tourisme ;
  • de gagner du temps en évitant les files d’attente aux frontières ;
  • de favoriser les échanges humains, culturels et éducatifs ;
  • de rapprocher concrètement les Européens.

Chaque année, les Européens effectuent plus d’un milliard de voyages à l’intérieur de l’espace Schengen. 

Sécurité

Contrairement à certaines idées reçues, Schengen ne signifie pas moins de sécurité. Au contraire, les États de l’espace Schengen ont choisi de mieux coopérer pour garantir la sécurité de tous.

Cette coopération repose notamment sur :

  • la protection renforcée des frontières extérieures de l’Union ;
  • une coopération policière et judiciaire étroite entre États ;
  • des systèmes d’information communs :
    • le Système d’information Schengen (SIS) mis en place en 1995 et utilisé par les États membres pour introduire ou consulter des signalements concernant des personnes ou des objets recherchés ou portés disparus. Ce système contient environ 86,5 millions de signalements et, en 2022, les autorités l'ont consulté 35 millions de fois par jour ;
    • le Système d'information sur les visas (VIS) qui permet aux États membres d’échanger depuis 2011 des données sur les visas;
    • le Système d'entrée/sortie (EES) mis en place graduellement à partir de 2025 qui permet d’enregistrer les ressortissants de pays tiers voyageant pour un court séjour, chaque fois qu’ils franchissent les frontières extérieures des pays européens ;
    • le Système européen d'information et d'autorisation concernant les voyages (ETIAS) qui sera mis en place en 2026 pour les voyageurs exemptés de visa de court séjour pour entrer sur le territoire européen.
  • le rôle d’agences européennes telles que Frontex (appui à la gestion des frontières extérieures), Europol (coopération policière et lutte contre la criminalité grave et organisée) et Eurojust (coordination judiciaire entre autorités nationales).

Grâce à Schengen, les forces de police peuvent échanger rapidement des informations, poursuivre des criminels au-delà des frontières nationales et lutter plus efficacement contre le terrorisme et la criminalité organisée.

Exemple concret : un réseau de passeurs démantelé

En avril 2026, Eurojust a annoncé le démantèlement d’un réseau criminel transnational qui aurait organisé le passage de plus de 1 000 migrants vietnamiens vers le Royaume-Uni, notamment depuis le nord de la France. L’opération a été menée par les autorités belges, françaises et britanniques, avec le soutien d’Eurojust et d’Europol. Lors d’une journée d’action coordonnée le 30 mars 2026, 19 suspects ont été arrêtés, dont 16 en France. Une équipe commune d’enquête avait été mise en place par Eurojust afin de faciliter l’échange rapide d’informations et de preuves entre les autorités concernées[1].

Prospérité

Schengen est un pilier essentiel du marché unique européen et un moteur de compétitivité.

  • 32 millions d’entreprises européennes bénéficient de l’absence de contrôles aux frontières intérieures.
  • Les échanges sont plus rapides, les coûts logistiques réduits et les chaînes d’approvisionnement plus fluides.
  • La libre circulation facilite la mobilité des travailleurs, des biens et des services.

Schengen permet aux entreprises d’accéder à des marchés plus vastes et à un vivier de talents élargi à l’échelle européenne. À l’inverse, le rétablissement durable de contrôles aux frontières intérieures aurait un coût économique très élevé.

Réactivité

L’espace Schengen n’est pas figé. Afin de préserver la libre circulation tout en répondant aux crises récentes (pandémie de Covid-19, pressions migratoires, menaces sécuritaires), la Commission européenne a proposé en décembre 2021 une réforme du code frontières Schengen, adoptée par le Parlement européen et le Conseil de l’Union européenne en 2024.

Cette réforme vise à mieux concilier liberté de circulation, sécurité et résilience, en dotant les États membres d’outils plus clairs et mieux encadrés.

  • Des réponses communes en cas de crise sanitaire : en cas d’urgence de santé publique de grande ampleur, les nouvelles règles permettent désormais de mettre en place des restrictions temporaires et harmonisées aux frontières extérieures de l’Union européenne. Des mesures sanitaires spécifiques peuvent également être imposées aux ressortissants de pays tiers entrant dans l’UE, afin de mieux protéger la santé publique.
  • Mieux lutter contre l’instrumentalisation des flux migratoires : la réforme renforce aussi la capacité de l’UE à faire face à l’instrumentalisation de la migration. Les États membres peuvent, dans ce cadre, réduire temporairement le nombre de points de passage frontaliers ou en limiter les horaires d’ouverture, afin de renforcer la surveillance et le contrôle des frontières extérieures.
  • Privilégier des alternatives aux contrôles aux frontières : la réforme encourage fortement le recours à des mesures alternatives, telles que des contrôles de police ciblés à l’intérieur du territoire et une coopération transfrontalière renforcée entre autorités nationales.
  • Des contrôles aux frontières intérieures strictement encadrés : le code frontières Schengen révisé clarifie et précise les conditions dans lesquelles des contrôles aux frontières intérieures peuvent être réintroduits. Ces contrôles ne sont possibles qu’en cas de menace grave pour l’ordre public ou la sécurité intérieure et doivent rester exceptionnels ; nécessaires et proportionnés et limités dans le temps.

Le 2 juin 2026, la Commission a rendu un avis sur la nécessité et la proportionnalité du rétablissement des contrôles aux frontières intérieures par certains États membres (dont la France, l’Allemagne, l’Italie ou encore les Pays-Bas). La France justifie ce rétablissement par deux menaces ; le risque terroriste et les flux migratoires dans le nord du pays en lien avec les traversées de la Manche. Dans son avis, la Commission reconnaît la réalité de ces menaces mais formule certaines réserves tenant notamment à l’absence de justification de l’extension des contrôles à l’ensemble des frontières intérieures françaises ainsi qu’à l’amélioration nette de la situation en Europe, marquée par une baisse d’un quart des franchissements irréguliers en 2025. Elle recommande à la France de lever progressivement les contrôles en s’appuyant sur des mesures alternatives comme des contrôles de police en zone frontalière. 

Le rôle central des États membres 

Si Schengen repose sur des règles communes, les États membres conservent des compétences importantes en matière de migration. Ils restent notamment responsables des décisions individuelles relatives à l’entrée, au séjour, à l’asile et au retour des ressortissants de pays tiers. Ils définissent également une large part de leurs politiques nationales d’intégration et conservent la maîtrise des volumes d’admission de travailleurs étrangers sur leur territoire.

Certains États membres ont récemment annoncé des mesures de régularisation de personnes en situation irrégulière. Il est avancé que cette régularisation ouvrirait un droit de s’installer et de travailler dans d’autres États membres aux personnes concernées. Les ressortissants d'États tiers possédant un titre de séjour dans l'Union européenne peuvent, en principe, se déplacer dans l'espace Schengen pour de courtes durées (90 jours sur une période de 180 jours).

Toutefois, l'octroi d'un visa de travail ou d'un titre de séjour par un État membre confère un droit de séjour et de travail uniquement dans cet État : il ne crée pas de droit automatique de s'installer ou de travailler dans un autre État membre. Toute installation ou activité professionnelle dans un autre pays de l'Union reste donc soumise à l'autorisation de celui-ci.

En conclusion

L’espace Schengen fonctionne grâce à une responsabilité partagée entre les États membres et les institutions européennes. Les États membres appliquent les règles sur le terrain, contrôle des frontières extérieures, délivrance des visas, coopération policière et judiciaire, tandis que l’Union européenne fixe le cadre commun, fait évoluer les règles et veille à leur bonne application.

[1] Authorities target criminal network smuggling migrants from Vietnam | Eurojust | European Union Agency for Criminal Justice Cooperation

Date de publication
16 février 2026 (Dernière mise à jour: 9 juin 2026)
Auteur
Représentation en France