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Représentation en France

Que fait l’Union européenne pour faire baisser les factures d’énergies des citoyens et des entreprises ?

  • Article d’actualité
  • 23 avril 2026
  • Représentation en France
  • 13 min de lecture

La guerre au Moyen-Orient provoque une crise des énergies fossiles au niveau mondial, qui affecte l’Union européenne. Alors que le conflit a commencé fin février 2026, les prix du pétrole et du gaz ont déjà augmenté d’environ 60% et 70% respectivement à fin avril 2026, alourdissant la facture d’importation des combustibles fossiles de 23 milliards d’euros pour l’Union européenne. Si aucune pénurie immédiate n’est constatée à fin avril, des tensions apparaissent sur certains produits stratégiques, tels que le kérosène et le diesel, avec des effets de contagion sur les marchés de l’électricité. Cette situation se traduit également par des coûts accrus pour les ménages et les entreprises depuis le début du conflit. Afin de soutenir les États membres qui ont dans certains cas déjà pris des mesures au niveau national, l’Union européenne a présenté le 22 avril 2026 un paquet de mesures de court terme visant à protéger consommateurs et entreprises en Europe et à accélérer son agenda énergétique et climatique, afin de réduire plus rapidement la dépendance aux énergies fossiles et faire baisser les factures. En fonction de l’évolution malheureusement imprévisible du conflit au Moyen-Orient, ces mesures pourront être complétées.

Panneaux solaires

Chaque crise énergétique rappelle que l’Union européenne est dépendante pour son approvisionnement en énergie fossile. 57% [1] des besoins énergétiques de l’UE ont été couverts par des importations (et 42% pour la France), majoritairement constituées de combustibles fossiles. Cette dépendance fait peser un risque de pénurie et de sécurité d’approvisionnement, mais aussi un risque économique puisque ces crises entraînent une hausse des prix de l'énergie. Cette augmentation des prix a un impact très important pour les entreprises et pour les citoyens, en particulier les foyers les plus modestes, alors qu’on constate une augmentation du nombre de personnes en situation de précarité énergétique (environ 34 millions de personnes dans l’UE[2]). 

Alors que les Etats membres ont commencé à prendre des mesures au niveau national pour limiter les impacts négatifs de cette crise énergétique, la Commission a présenté plusieurs mesures à court terme le 22 avril[3] afin de lutter contre la hausse des prix de l’énergie, tout en accélérant la transition vers une énergie propre, sûre et abordable. 

  1. En coordonnant les actions des Etats membres sur les marchés du gaz et du pétrole

L’Union européenne veut d’abord mieux coordonner les actions des États membres. Lors de la crise de 2022, cette coordination avait permis de stabiliser les marchés du gaz, et de réduire la consommation de 18% entre 2022 et 2023.

Depuis le début du conflit au Moyen-Orient, deux groupes de coordination sur le pétrole et sur le gaz se rencontrent toutes les semaines afin de suivre le niveau des stocks dans l’ensemble de l’Union européenne, surveiller les conditions de marché et coordonner d’éventuelles actions d’urgence avec les partenaires internationaux.   

Aujourd’hui, la Commission européenne propose d’aller plus loin en coordonnant le remplissage des stocks de gaz pour éviter des achats simultanés qui feraient monter les prix, ainsi que les mises sur le marché des stocks de pétrole afin de maximiser leur impact. Elle prévoit également de renforcer le dialogue avec les pays fournisseurs, et de s’assurer que les capacités de raffinage en Europe sont pleinement utilisées, tout en veillant au partage des approvisionnements en kérosène et en diesel.

  1. En accompagnant les Etats membres pour soutenir les ménages les plus impactés et les entreprises

La Commission européenne n’impose aucune mesure aux Etats membres, mais les aide à concevoir des mesures de soutien ciblées, rapides et temporaires, visant en particulier les ménages modestes et les professions les plus exposés à l’augmentation des prix

Pour cela, elle favorisera le partage des bonnes pratiques (l’annexe de la Communication du 22 avril liste des recommandations de mesures efficaces), et publiera des orientations pour mieux protéger les consommateurs, par exemple via des chèques énergies pour remplacer des chaudières au gaz, des réductions des droits d’accises sur l’électricité ou de la TVA sur l’achat de pompes à chaleur, ou encore l’interdiction des coupures pour les ménages les plus vulnérables. Elle encouragera également des solutions telles que le leasing social pour faciliter l’accès à des technologies propres et moins coûteuses, telles que les pompes à chaleur ou les véhicules électriques.

Enfin, elle encouragera les économies d’énergie, via des mesures d’efficacité énergétique et la rénovation des logements, ainsi que le remplacement du pétrole et du gaz par des énergies bas carbone produites dans l’Union européenne (pompes à chaleur, panneaux solaires, etc.), qui ont montré qu’elles pouvaient contribuer significativement à la baisse des prix.

Concernant les entreprises, la Commission européenne a proposé plusieurs mesures pour les aider, notamment les PME et les exploitations agricoles, à faire face à la hausse des prix. Un cadre temporaire en matière d’aides d’Etat sera adopté pour permettre aux Etats membres de mettre en place des mesures d’urgence et ciblées afin de soutenir les secteurs les plus exposés à la montée des prix. Elle propose deux leviers pour faire baisser les prix de l’énergie : 

  • D’une part, l’accélération de l’électrification et le déploiement des énergies renouvelables par des pratiques de financement innovantes telles que le recours aux “ESCO[4]” (i.e., sociétés de services énergétiques qui financent et réalisent des travaux d’efficacité énergétique pour le compte d’un client et se rémunèrent sur les économies d’énergie réalisées, afin d’éviter un investissement initial trop important) ;
  • D’autre part, l’adoption prochaine d’une proposition législative sur les charges de réseau et la fiscalité (visant à ce que l’électricité soit moins taxée que le gaz). 

Pour les exploitations agricoles, le plan présenté le 22 avril prévoit un soutien continu à la production de biogaz et de biométhane et la facilitation de l’utilisation de nutriments recyclés. 

Sur le long terme, avec des mesures structurelles, l’agenda énergétique de l’UE fait en sorte que les factures énergétiques des citoyens soient plus basses. Comment ? 

  1.  En accélérant l’électrification des usages

Parmi les mesures annoncées le 22 avril, un vaste plan d’électrification des usages sera présenté courant mai 2026. Il visera un objectif de 32% d’électrification de l’économie en 2040 (contre 23% aujourd’hui [5]). 

Cette transformation apparaît d’autant plus importante que près de 90 millions de ménages européens chauffent encore leur logement avec des chaudières au gaz ou au fioul, et que seuls 4% des véhicules particuliers sont aujourd’hui électriques. Les marges de progression sont donc considérables. L’électricité bas carbone produite en Europe a vocation à jouer un rôle de “bouclier” contre la volatilité des prix des énergies fossiles et à renforcer la résilience des citoyens face aux futures crises énergétiques.

Ce plan visera notamment à lever les principaux obstacles à l’électrification dans les différents secteurs (industrie, transport, bâtiment). Dans les transports, l’objectif sera de faciliter l’achat de voitures électriques à un prix abordable, comme annoncé dans le plan automobile de décembre dernier. Dans le logement, l’objectif sera d’accélérer le remplacement des systèmes de chauffages à énergies fossiles par des solutions décarbonées, telles que les pompes à chaleur, les panneaux solaires ou les réseaux de chaleur renouvelable.

  1. En soutenant le déploiement des énergies renouvelables et bas carbone

Le développement des énergies renouvelables et bas carbone permet de réduire la dépendance aux énergies fossiles au bénéfice d'un prix plus stable et plus bas pour les ménages. Pour y parvenir, l’Union européenne s'est dotée d'une trajectoire à horizon 2030. La directive sur les énergies renouvelables avait fixé un objectif de 20 % d'énergies renouvelables dans le mix énergétique européen en 2020 et l'a relevé à 42,5 % d'ici 2030[6]. En 2024, près de la moitié de l'électricité européenne provenait déjà de sources renouvelables, un niveau record. 

Comme le montre le graphique ci-dessous, depuis 2019, les énergies bas carbone (renouvelables et nucléaire) sont passées de 62% à 72% du mix énergétique. De ce fait, les centrales électriques au gaz n’ont fixé le prix de l’électricité que dans 30% des cas en 2025 (vs 49% des cas en 2019).

Mix énergétique européen

Source: Commission européenne

Cet effort a donc un impact direct sur le prix payé par les consommateurs. Sur le marché de gros, le prix est fixé par la dernière centrale appelée pour répondre à la demande : plus la part des renouvelables et du nucléaire est importante, plus le prix de l'électricité se décorrèle de celui du gaz (fiche Décodeurs sur le marché européen de l’électricité) . Entre 2021 et 2023, le déploiement des renouvelables a permis aux consommateurs européens d'économiser environ 100 milliards d'euros[7] ; sans elles, le prix de gros de l'électricité aurait été 8 % plus élevé en 2022, en pleine crise énergétique. La comparaison entre États membres le confirme : les pays au mix le plus décarboné affichent les prix de gros les plus compétitifs. La Suède affiche ainsi un prix de gros de 42 €/MWh avec 96 % de son mix bas carbone, la Finlande 41 €/MWh (94 %), la France 62 €/MWh (96 %) et l'Espagne 66 €/MWh (78 %).

  1. En faisant baisser notre consommation de gaz 

À la suite de l'invasion de l'Ukraine par la Russie en 2022, l'Union européenne s'est engagée à mettre un terme à sa dépendance au gaz russe. Elle a renforcé sa feuille de route en 2025, en imposant un arrêt complet des importations de gaz russe (gazoduc et GNL) d’ici novembre 2027, ainsi que la fin des importations de pétrole à la même échéance, et une réduction progressive des approvisionnements en combustible nucléaire russe[8]. Parallèlement, elle a réduit sa consommation de gaz de plus de 100 milliards de m³ par an[9], ce qui représente, au prix actuel du gaz, près de 30 milliards d'euros d'économies annuelles pour les ménages et les entreprises européens. 

  1.  En renforçant les interconnexions, notamment électriques

L’Europe dispose aujourd'hui d'un réseau de plus de 400 interconnexions électriques reliant les États membres, soit environ 305 000 km de lignes. Ce maillage transforme les marchés nationaux en un système intégré, où l'électricité circule et peut être vendue en cas de surplus ou importée en cas de besoin. Selon l’ Agence européenne de coopération des régulateurs de l'énergie (ACER), les échanges transfrontaliers d'électricité ont rapporté environ 34 milliards d'euros[10] par an aux consommateurs européens au cours de la dernière décennie. On estime que ce gain pourrait atteindre 40 milliards d'euros par an d'ici 2030 avec une intégration accrue des marchés[11].

Au-delà du prix, les interconnexions garantissent la sécurité de l’approvisionnement. Selon la Commission de régulation de l'énergie (CRE), le fonctionnement et l'intégration très forte du marché européen permettent à la France d'éviter en moyenne 40 jours de black-out par an. Ces interconnexions ont été nécessaires pour assurer l’approvisionnement de la France pendant la crise de 2022-2023 : pour la première fois depuis des décennies, la France a importé plus d'électricité qu'elle n'en a exporté, palliant l'indisponibilité d'une partie du parc nucléaire et la baisse de la production hydraulique.

  1. En renforçant les droits des consommateurs

Le 9 mars dernier, la Commission a fait différentes propositions ayant pour objectif de faire baisser les factures des ménages dans le cadre de son Paquet Energie pour les citoyens. Elle propose de faciliter le changement de fournisseur qui doit pouvoir être effectué en 24 heures dans toute l’UE, avec des informations plus claires et comparables sur les offres. L’objectif est de permettre aux consommateurs d’identifier rapidement le contrat le plus avantageux et d’en changer plus facilement. Aujourd’hui, ce manque de mobilité a un coût réel, estimé à environ 152 €[12] par an et par ménage. Pour y remédier, les fournisseurs devront également proposer des « meilleurs conseils tarifaires » personnalisés et des systèmes d’alerte précoce pour prévenir les clients de la disponibilité d’une offre moins chère ou en cas de surconsommation.

Parallèlement, le développement de l’autoconsommation et des communautés énergétiques est encouragé afin de permettre aux citoyens de produire, consommer et partager leur propre énergie renouvelable, notamment solaire. Déjà plus de 8 000 communautés existent en Europe, mais leur potentiel reste largement sous-exploité. D’ici 2030, jusqu’à 16 millions de ménages pourraient produire leur propre énergie. Les économies sont significatives : entre 260 et 550 € par an pour un ménage équipé de panneaux solaires, et entre 440 et 930 € pour les communautés combinant plusieurs sources d’énergie. Au-delà de la baisse des prix, ce modèle permet de bénéficier de tarifs plus stables et prévisibles.

  1. En faisant des économies d’énergie grâce à plus d’efficacité énergétique

En améliorant l’efficacité énergétique, l’Union européenne réduit à la fois la dépendance aux énergies fossiles et les factures des consommateurs. Concrètement, elle soutient les projets de rénovation énergétique des logements (isolation, équipements plus performants), afin de consommer moins d’énergie à usage égal. Ces investissements sont particulièrement rentables : selon les données européennes, 1 € investi dans l’efficacité énergétique peut générer jusqu’à 12 € d’économies sur sa durée de vie, avec un retour sur investissement compris entre deux à cinq ans. À l’échelle des ménages, cela se traduit par des factures plus faibles, tout en renforçant la sécurité énergétique globale de l’UE.

  1. En finançant des projets de transition énergétique dans les États membres

En France, le plan de relance européen (Facilité pour la reprise et la résilience) a permis de mobiliser environ 500 millions d’euros pour la rénovation énergétique des logements sociaux. Il contribue à des dispositifs comme MaPrimeRénov’, qui a déjà accompagné plus de 1,4 million de foyers, avec des gains énergétiques moyens de l’ordre de 30 %, en ciblant en priorité les ménages modestes et très modestes ainsi que les passoires thermiques. L’UE soutient aussi les bonus écologiques pour l’achat de véhicules électriques, afin d’aider les ménages à faire face à la hausse des prix des carburants. À plus long terme, le Fonds social pour le climat pourrait mobiliser jusqu’à 7 milliards d’euros pour la France, afin d’accompagner les ménages dans la transition, via la rénovation énergétique, le leasing social pour l’achat de véhicules électriques, ou encore le développement des mobilités propres.

Conclusion 

Grâce à son agenda énergie-climat, l’Union européenne a d’ores et déjà réalisé des progrès importants ces dernières années pour réduire sa dépendance aux énergies fossiles. Il faut aujourd’hui aller plus loin, afin de réduire encore cette dépendance, non seulement pour maintenir notre ambition climatique, mais aussi pour renforcer notre souveraineté énergétique et faire baisser les factures des citoyens et des entreprises. Les pays ayant une forte part de renouvelables et/ou de nucléaire, tels que la France, bénéficient généralement de prix de l’électricité plus bas, ce qui montre que la transition vers une énergie propre profite aux consommateurs et aux entreprises.

Cependant, le gaz et le pétrole dominent encore le chauffage, l’industrie et les transports, ce qui maintient l’UE exposée aux chocs de prix mondiaux. Les mesures de court terme doivent donc s’inscrire dans une trajectoire plus large visant un système énergétique décarboné, résilient et moins dépendant des importations fossiles.


[1] Energy in Europe: imports dependency - News articles - Eurostat

[2] Life Energy Poverty 0 - EP0 | Energy Poverty Advisory Hub

[3]  Communication de la Commission, AccelerateEU- Energy Union, 22 avril 2026

[4] Energy Service Companies

[5] Boosting-Electrification-in-Europe.pdf

[6] Ajustement à l'objectif 55 - Consilium

[7] How much money are European consumers saving thanks to renewables? – Renewable Energy Market Update - June 2023 – Analysis - IEA

[8] REPowerEU

[9] Security of gas supply

[10] Electricity market design

[11] Integrating the EU Energy Market to Foster Growth and Resilience

[12] eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/PDF/?uri=CELEX:52026DC0115

Date de publication
23 avril 2026
Auteur
Représentation en France