
Bonsoir, permettez-moi de commencer par la situation au Moyen-Orient. La situation dans la région est extrêmement grave. Elle engendre une grande instabilité, beaucoup de souffrances et des risques croissants de débordement. C'est pourquoi nous avons besoin de faire retomber la pression, de faire preuve d'une retenue maximale et de protéger les civils et les infrastructures civiles. Et je veux dire un mot au sujet de nos partenaires et amis dans le Golfe et dans l'ensemble de la région. Ils peuvent compter sur notre amitié et notre solidarité. L'Union européenne les soutient. Cette semaine, la Commission a annoncé l'octroi de plus de 450 millions d'euros d'aide humanitaire à la région. Nous avons également discuté de l'aspect migratoire de la crise. Jusqu'à présent, nous n'avons pas constaté de flux migratoires vers l'Europe. Mais nous devons être prêts. Nous ne laisserons pas la situation de 2015 se reproduire. Nous avons tiré les leçons du passé. Et aujourd'hui, nous sommes mieux équipés. Nous avons des agences et des frontières extérieures plus fortes. Nous disposons d'un cadre juridique solide, le pacte sur la migration et l'asile. Nous avons renforcé nos partenariats avec nos voisins dans la région. Et, plus important encore, nous sommes unis. En tant qu'Européens, nous savons que lorsque nous agissons ensemble, nous sommes plus forts.
Chypre a été directement touché par cette guerre, plus que tout autre État membre. Et nous avons envoyé un signal très clair et uni. La sécurité de Chypre – comme celle de tout État membre – c'est la sécurité de l'Union européenne. Je salue la manière dont le président a géré la situation et la présidence, qui continue à produire des résultats. Comme l'a déclaré le président Christodoulides, la situation est normale et sûre à Chypre. Et je me réjouis d'aller sur place en avril pour le Conseil européen informel.
Nous avons également abordé le thème de l'énergie. L'impact le plus immédiat de la guerre sur l'Europe concerne notre énergie. Pour l'heure, la sécurité physique de l'approvisionnement de l'Union européenne est assurée. Cependant, l'Europe n'est pas à l'abri d'une flambée des prix mondiaux. Alors que le conflit se poursuit, les prix de l'énergie continuent de fluctuer. Aujourd'hui encore, le prix du gaz a augmenté de 30 % après les attaques contre les infrastructures gazières qatariennes. Il s'agit d'attaques irresponsables contre des infrastructures et des navires commerciaux non armés, qui font augmenter les coûts et posent la question des risques futurs pour l'approvisionnement. Nous devons donc agir pour minimiser les conséquences, et nous en avons discuté au Conseil européen. Tout d'abord, les mesures doivent être temporaires et ciblées. Et c'est la logique du plan que j'ai présenté aujourd'hui: une aide immédiate, dans la mesure du possible, et des modifications structurelles, le cas échéant. Nous agirons sur les quatre composantes qui déterminent les prix de l'électricité.
Regardons cela de plus près. La première composante est, bien sûr, les coûts de l'énergie eux-mêmes: ils représentent la part la plus importante, environ la moitié du prix, soit 56 % en moyenne dans l'UE. Les États membres peuvent déjà recourir à des mesures d'aide d'État pour compenser l'augmentation des coûts de la source d'énergie. Et nous assouplirons davantage les aides d'État à cette fin. Nous sommes également convenus de travailler en étroite collaboration avec les États membres qui élaborent des régimes nationaux en vue d'atténuer davantage l'impact des coûts du carburant sur la production d'électricité.
La deuxième composante du prix correspond aux frais de réseau, environ 18 % en moyenne. Nous allons préparer à cet égard une proposition législative visant à améliorer la productivité des infrastructures de réseau et à permettre aux États membres de réduire les redevances de réseau pour les industries à forte intensité énergétique.
La troisième composante, ce sont les taxes et les prélèvements, qui représentent environ 15 % en moyenne dans l'Union européenne. La situation varie considérablement d'un État membre à l'autre. Dans certains cas, l'électricité est beaucoup plus taxée que le gaz, parfois jusqu'à 15 fois plus. Cela n'est pas acceptable. Nous proposerons donc d'imposer des taux d'imposition plus bas sur l'électricité, et de veiller à ce que l'électricité soit moins taxée que les combustibles fossiles.
La quatrième et dernière composante est la tarification du carbone. Le système d'échange de quotas d'émission fonctionne. Il a permis de réduire considérablement la consommation de gaz et a, de ce fait, réduit notre dépendance à l'égard des importations de combustibles fossiles, ainsi que notre vulnérabilité. Il a également entraîné des investissements majeurs dans la transition énergétique vers des sources d'énergie à faible intensité de carbone telles que les énergies renouvelables et le nucléaire, qui sont produits localement et nous permettent d'être indépendants. Mais nous devons moderniser ce système et le rendre plus souple. Nous préparons pour cela quatre mesures: premièrement, nous mettrons à jour les référentiels pour l'allocation de quotas à titre gratuit et tiendrons compte des préoccupations de l'industrie. Deuxièmement, nous augmenterons la force de frappe de la réserve de stabilité du marché afin de réduire la volatilité des prix. Ces mesures interviendront dès les prochains jours. Voyons ensuite les mesures à moyen terme : troisièmement, nous travaillons à la révision du SEQE, et notamment à une trajectoire plus réaliste de quotas alloués à titre gratuit pour l'industrie au-delà de 2034 et sur des conditions de concurrence équitables pour notre secteur maritime. Nous avons convenu aujourd'hui d'y travailler en collaboration avec les États membres et les parties prenantes. Enfin, quatrièmement, il s'agit également d'investir dans les technologies propres et dans la décarbonation. Nous fournirons pour cela à notre industrie le soutien financier dont elle a tant besoin. C'est pourquoi j'ai proposé un renforcement des investissements dans le cadre du SEQE. Avec un budget de 30 milliards d'euros, financé par 400 millions de quotas du SEQE, l'objectif est de financer des projets de décarbonation. Les éléments essentiels seront la rapidité et la solidarité. La rapidité, selon le principe « premier arrivé, premier servi » - dès qu'un projet est prêt, nous devons également être prêts. La solidarité met l'accent sur les États membres à faible revenu, qui auront la garantie d'avoir accès à cet important soutien financier.
L'énergie n'est toutefois qu'un élément de la compétitivité de l'Europe. Passons maintenant aux autres éléments abordés aujourd'hui. Premièrement, la simplification. Nous introduirons bientôt pour la future réglementation une approche de «simplicité dès la conception», afin d'améliorer la gouvernance et l'élaboration des textes juridiques.
Deuxièmement, nous donnons un nouvel élan à notre marché unique. Vous savez que le principal obstacle au marché unique est la fragmentation. Les entreprises sont souvent confrontées à des obstacles lorsqu'elles souhaitent se développer dans un autre État membre de l'Union européenne. C'est la raison pour laquelle nous avons proposé l'initiative «EU Inc.», qui permet aux entreprises innovantes de démarrer, de développer et d'exercer leurs activités par-delà les frontières plus facilement, plus rapidement et à moindre coût. Nous avons également présenté au début du mois le règlement relatif à l'accélération des capacités industrielles, afin de créer des marchés pilotes pour les technologies stratégiques, ici même en Europe. Et nous adapterons notre politique de concurrence. Une révision d'urgence de nos lignes directrices sur les concentrations est en cours, dont le projet sera présenté en avril. La concurrence mondiale a évolué, et notre réglementation doit faire de même. Nous continuerons à mettre en place l'union de l'épargne et des investissements, pour veiller à ce que l'épargne européenne finance nos entreprises. En ce qui concerne l'union bancaire, nous avons eu un bref échange de vues. Les banques sont essentielles pour notre programme en matière de compétitivité, car elles constituent l'une des principales sources de financement de nos entreprises. Nous présenterons donc un rapport bancaire plus tôt, dès cet été, afin de mieux positionner et intégrer notre système bancaire.
Ce qui importe maintenant, c'est d'avancer rapidement. S'appuyant sur les discussions d'aujourd'hui, la Commission présentera prochainement sa feuille de route «Une Europe, un marché». Cette feuille de route présentera des mesures législatives clés assorties d'un calendrier, d'étapes et d'objectifs très clairs en vue de leur mise en œuvre d'ici la fin de l'année 2027. Cette feuille de route devrait être approuvée par le Conseil, le Parlement européen et la Commission, et nous voulons la signer et la présenter lors du sommet informel qui se tiendra à Chypre en avril.
Mon dernier point concerne l'Ukraine. Permettez-moi à présent d'aborder le prêt de soutien de 90 milliards d'euros en faveur de l'Ukraine. Une décision a été prise par le Conseil européen en décembre. Il y avait une condition: que trois pays ne participeraient pas à ce prêt. Cette condition est remplie. Alors, soyons clairs sur notre position. Le prêt reste bloqué, car un dirigeant ne tient pas parole. Mais permettez-moi de rappeler ce que j'ai déjà dit à Kyiv: nous parviendrons à nos fins, d'une manière ou d'une autre.
Alors oui, nous avons des tâches difficiles à accomplir, mais nous avons aujourd'hui renforcé notre détermination.
Merci.
Détails
- Date de publication
- 20 mars 2026
- Auteur
- Représentation en France