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Représentation en France

Discours de clôture de la présidente von der Leyen lors de l'événement « Choisir l'Europe pour la science » à La Sorbonne

Seul le texte prononcé fait foi.

  • Discours
  • 5 mai 2025
  • Représentation en France
  • 11 min de lecture

Monsieur le Président, cher Emmanuel,

Monsieur le Doyen,

Éminents Professeurs,

Mesdames et Messieurs,

C'est un honneur d'être ici, à la Sorbonne, entourée de certains des esprits les plus brillants au monde. Cher Emmanuel, vous avez dit un jour qu'avant d'être une université, la Sorbonne était une idée. Une idée d'excellence scientifique, de collaboration et – si je puis ajouter – de possibilité. Et aucune histoire ne résume cela mieux que celle de Maria Salomea Skłodowska-Curie, également connue sous le nom de Marie Curie. Dans son pays natal, la Pologne, alors sous occupation russe, les femmes n'avaient pas accès aux universités. Elle et sa sœur se sont donc inscrites à des cours du soir clandestins, rêvant de liberté par le savoir. C'était à la fin du 19e siècle. Son parcours l'amènera finalement à La Sorbonne. Ici, elle a été autorisée à étudier et à mener ses recherches. Elle a fini par révolutionner la médecine et la physique. Maria Skłodowska-Curie est devenue la première femme à recevoir un prix Nobel, la première personne à recevoir deux fois un prix Nobel et la seule personne à recevoir un prix Nobel dans deux domaines différents. Ses découvertes et ses travaux sur les radiations ont sauvé des millions de vies. Je commence par cette histoire non seulement parce que nous sommes ici à la Sorbonne, ou encore parce qu'elle montre comment l'excellence scientifique peut changer le cours du destin. Mais parce que c'est aussi une histoire de liberté. La liberté d'apprendre et d'inventer. C'est une histoire d'ouverture. Une ouverture qui permet de transformer les idées en découvertes révolutionnaires. Et c'est une histoire de collaboration au-delà des frontières. Et c'est exactement ce dont l'Europe et le monde ont le plus besoin aujourd'hui. Parce que je suis convaincue que la science reste le carburant du progrès et de la croissance pour nos sociétés. Sans les idées et les avancées issues de la recherche scientifique, le progrès stagne tôt ou tard.

Malheureusement, comme vos discussions l'ont montré aujourd'hui, le rôle de la science à l'heure actuelle est remis en cause. L'investissement dans la recherche fondamentale, libre et ouverte, est remis en question. Quelle énorme erreur d'appréciation. Je crois que la science est la clé de notre avenir ici en Europe. Sans elle, nous ne pourrons tout simplement pas relever les défis mondiaux actuels – qui vont de la santé aux nouvelles technologies, du climat aux océans. Et quand je regarde autour de moi – et que je vois tous les jeunes ici présents – je sais que nous sommes loin d'être à court d'idées nouvelles ou d'esprits brillants. La vérité est que nous n'avons en fait qu'une idée très superficielle des connaissances que la science peut nous apporter. Donc, plus que jamais, nous devons défendre la science. Une science universelle, partagée par toute l'humanité, et unificatrice. Parce que la recherche de la connaissance et le désir de comprendre comment les choses fonctionnent sont des valeurs qui nous rassemblent en tant que personnes. Comme ce fut le cas aujourd'hui. Nous pouvons tous convenir que la science n'a pas de passeport, pas de genre, pas d'ethnie ou de parti politique. En tant que telle, elle joue un rôle crucial dans la mise en relation des personnes et dans la création d'un avenir commun dans notre monde fracturé. Nous croyons que la diversité est un atout de l'humanité et l'élément vital de la science. Elle est l'un des biens mondiaux les plus précieux et elle doit être protégée.

C'est pourquoi je suis ici aujourd'hui pour dire que l'Europe choisira toujours la science. L'Europe fera toujours en sorte que les scientifiques du monde entier choisissent l'Europe. L'histoire de l'Europe est jalonnée de travaux scientifiques, de Pythagore et Aristote dans la Grèce antique à Galilée et Copernic à la Renaissance, en passant par Koch et Pasteur au cours des siècles suivants. La plus ancienne université d'Europe a été fondée à Bologne, où l'enseignement a commencé dès 1088. L'Europe a été le foyer de la révolution scientifique, qui a connu l'une des transformations les plus importantes de l'histoire de l'humanité, grâce à des percées dans les domaines des mathématiques, de l'astronomie, de la biologie et bien d'autres encore. Cette tradition perdure aujourd'hui. L'Europe se situe déjà au deuxième rang mondial pour la production scientifique. Elle compte plus de 2 millions de chercheurs, soit un quart du total mondial. Nous sommes en tête dans les domaines des technologies vertes, de la santé, de l'économie, des affaires et des sciences sociales. Nous excellons dans les domaines de la recherche scientifique et des technologies qui sont essentiels pour notre avenir – de l'aérospatiale à l'ingénierie automobile en passant par la robotique, les biotechnologies et les produits pharmaceutiques.

Et nous avons un grand nombre d'avantages naturels qui nous aident à nous démarquer. Le premier est l'investissement soutenu et stable de l'Europe et de ses États membres. L'Europe gère le plus grand programme international de recherche au monde, Horizon Europe. Il a une force de frappe financière de plus de 93 milliards d'euros. Au cours des 40 dernières années, l'Union européenne a financé 33 lauréats du prix Nobel. Le soutien européen a permis des percées dans le séquençage du génome et les vaccins à base d'ARNm. Il a stimulé le développement de puces électroniques de pointe et a même permis d'obtenir la première image d'un trou noir. Ces exemples montrent ce que nous savons tous : le retour sur investissement dans la science est incomparable. Nous disposons d'une infrastructure de recherche de classe mondiale. De la physique des particules à la biologie moléculaire, de l'exploration spatiale à la fusion nucléaire. Cela contribue à faire de l'Europe un leader en matière de recherche fondamentale.

Nous disposons d'une infrastructure de supercalculateurs de premier plan, EuroHPC, et nous investissons massivement dans l'IA, la recherche quantique et la recherche numérique. Enfin, nous sommes fiers de notre tradition de science ouverte et collaborative. Nous défendons les principes de la science ouverte, de l'éducation ouverte et du partage des données. Notre Conseil européen de la recherche n'est pas dirigé par des politiciens, mais par des scientifiques, pour des scientifiques. Notre programme Horizon Europe est un pôle d'attraction pour la coopération mondiale. Du Royaume-Uni à la Suisse, du Canada à la Corée du Sud, de plus en plus de pays souhaitent y participer. Nous voyons des scientifiques du monde entier collaborer ici en Europe. Prenons l'exemple du CERN. Fondé il y a 70 ans pour mener des recherches de pointe qu'aucune nation ne pouvait réaliser seule, il est aujourd'hui le premier laboratoire mondial pour la physique des particules à haute énergie et les technologies connexes. Des chercheurs de plus de 100 nationalités travaillent ensemble pour le bien de l'humanité. C'est ainsi que la science devrait fonctionner. Et c'est pourquoi la liberté et la collaboration scientifiques doivent toujours être au cœur de nos institutions et de nos infrastructures.

Mesdames et Messieurs,

L'Europe a tout ce qu'il faut pour faire prospérer la science : Nous disposons d'investissements stables et soutenus ; nous avons l'infrastructure ; nous nous engageons en faveur d'une science ouverte et collaborative ; nous avons une économie sociale de marché qui permet à tous d'avoir accès à de bonnes écoles, à l'éducation et aux soins de santé. Mais dans le même temps, nous devons être vigilants et travailler sur nos lacunes. Nous savons que les chercheurs sont encore confrontés à une bureaucratie trop importante – ou trop complexe – en Europe par rapport à d'autres régions du monde. Nous savons que le passage de la recherche fondamentale à l'entreprise et au marché n'est ni simple ni assez rapide ici en Europe. Nous savons que nous devons offrir aux meilleurs une perspective à plus long terme. Nous sommes prêts à nous attaquer de front à cette question.

Nous voulons que l'Europe reste à la pointe de la recherche fondamentale. Nous voulons que l'Europe montre la voie dans les technologies prioritaires allant de l'IA à la technologie quantique, de l'espace, des semi-conducteurs et de la microélectronique à la santé numérique, à la génomique et à la biotechnologie. Nous voulons que les scientifiques, les chercheurs, les universitaires et les travailleurs hautement qualifiés choisissent l'Europe. C'est pourquoi je présente aujourd'hui les premiers éléments de notre initiative « Choisir l'Europe ».

La priorité absolue est de veiller à ce que la science en Europe reste ouverte et libre. C'est notre carte de visite. Nous devons faire tout ce qui est en notre pouvoir pour la défendre, aujourd'hui plus que jamais. Nous voulons renforcer la libre circulation des connaissances et des données dans toute l'Europe, tout comme nous le faisons pour les biens, les talents et les capitaux dans l'ensemble de notre marché unique. Et nous voulons inscrire la liberté de la recherche scientifique dans le droit au moyen d'un nouvel acte législatif sur l'Espace européen de la recherche. Parce que face à la montée des menaces dans le monde, l'Europe ne transigera pas sur ses principes. L'Europe doit rester la patrie de la liberté académique et scientifique.

Le deuxième élément de l'initiative « Choisir l'Europe » est le financement. La science est un investissement, et nous devons offrir les bonnes incitations. C'est pourquoi je peux annoncer que nous proposerons une nouvelle enveloppe de 500 millions d'euros pour la période 2025-2027 afin de faire de l'Europe un pôle d'attraction pour les chercheurs. Cela permettra de soutenir les meilleurs et les plus brillants chercheurs et scientifiques d'Europe et du monde entier. Nous souhaitons créer une nouvelle « super-subvention » d'une durée de sept ans dans le cadre du Conseil européen de la recherche afin d'offrir une perspective à plus long terme aux meilleurs chercheurs. Grâce au Conseil européen de la recherche, nous soutenons déjà les chercheurs qui s'installent en Europe en leur accordant un complément à leur bourse. Nous doublons maintenant le montant qu'ils peuvent recevoir cette année. Et je veux prolonger ce soutien pour les années 2026 et 2027.

Dans le même temps, nous devons également nous concentrer sur la prochaine génération. C'est pourquoi nous renforçons également le soutien aux scientifiques en début de carrière par l'intermédiaire de notre projet pilote « Choisir l'Europe » dans le cadre des actions Maria Skłodowska-Curie. Ceux qui choisissent l'Europe bénéficieront d'allocations plus élevées et de contrats plus longs. Nous étendrons ce soutien au cours des deux prochaines années, avec des incitations ciblées dans les domaines d'avant-garde, comme l'IA. À moyen et long terme : avec nos États membres, nous voulons atteindre l'objectif de 3 % du PIB pour l'investissement dans la recherche et le développement d'ici à 2030. Et nous présenterons des propositions ambitieuses sur le financement de la recherche et de l'innovation dans le prochain budget à long terme. Parce que nous savons qu'un investissement dans la science est un investissement dans notre avenir.

Le troisième volet de l'initiative « Choisir l'Europe » est la nécessité d'accélérer le passage de la science de pointe à l'innovation transformatrice et aux opportunités commerciales. C'est pourquoi nous proposerons une toute première loi européenne sur l'innovation, ainsi qu'une stratégie en faveur des start-ups et des entreprises en expansion. Il s'agit de supprimer les obstacles réglementaires et autres, et de faciliter l'accès au capital-risque pour les start-ups et les entreprises en expansion européennes innovantes.

Dernier point, mais non des moindres : nous devons faire en sorte qu'il soit plus facile et plus attrayant de venir en Europe pour y faire de la recherche. Nous améliorerons la mise en relation des chercheurs avec les instituts de recherche. Nous accélérerons le processus d'entrée et de séjour en Europe. Nous disposons déjà d'une excellente plateforme qui fait le lien entre les chercheurs du monde entier et des milliers d'emplois en Europe, et qui fournit une aide à l'obtention de visas et une orientation professionnelle. Nous voulons maintenant aider les institutions publiques et privées à mieux se rapprocher des travailleurs et des chercheurs hautement qualifiés et nous voulons aussi accélérer et simplifier l'entrée des chercheurs de haut niveau. Car faire venir les meilleurs chercheurs du monde entier, c'est faire ressortir le meilleur de l'Europe.

Mesdames et Messieurs,

L'Europe a fait son choix. Nous choisissons d'entamer une nouvelle ère d'invention et d'ingéniosité. Nous choisissons de placer la recherche et l'innovation, la science et la technologie, au cœur de notre économie. Nous choisissons d'être le continent où les universités sont les piliers de nos sociétés et de notre mode de vie. Nous choisissons d'être le continent où l'innovation est au service de l'humanité, où les talents mondiaux sont les bienvenus. Car, comme le montre l'histoire de la Sorbonne et de nos excellentes universités, le progrès se nourrit de liberté, d'ouverture et de collaboration. Ainsi, à chaque chercheur, chez nous ou à l'étranger, à chaque jeune fille et jeune garçon qui rêve d'une vie dans la science, comme Maria Skłodowska-Curie l'a fait autrefois, notre message est clair : Choisissez la science. Choisissez l'Europe.

Détails

Date de publication
5 mai 2025
Auteur
Représentation en France