
Monsieur le Président Macron, cher Emmanuel, je vous remercie d'accueillir ce sommet d'une importance cruciale.
Mesdames et Messieurs les Présidents,
Mesdames et Messieurs les Premiers Ministres,
Monsieur le Directeur général Grossi,
Excellences,
Mesdames et Messieurs,
Les prix de l'électricité en Europe sont structurellement trop élevés. C'est une question extrêmement importante. Une électricité abordable est non seulement importante pour le niveau de vie de nos citoyens, mais elle est aussi déterminante pour la compétitivité de notre secteur industriel. En effet, les industries de demain se construiront sur une électricité propre abordable. La robotique et l'IA seront le moteur de la prochaine vague d'innovation et de la productivité, dans tous les secteurs industriels. Et toutes deux ont besoin d'une électricité abordable en abondance. C'est la raison pour laquelle la compétitivité industrielle sera de plus en plus proportionnelle à la capacité de produire, de transporter, de stocker et d'utiliser une électricité abondante et abordable.
Mais l'Europe n'est un producteur ni de pétrole ni de gaz. Pour les combustibles, nous sommes totalement dépendants d'importations coûteuses et fluctuantes, ce qui nous place dans une situation de désavantage structurel par rapport à d'autres régions. La crise actuelle au Moyen-Orient nous rappelle avec brutalité les vulnérabilités qui en découlent.
Néanmoins, nous disposons de sources d'énergie à faible intensité de carbone produites localement : le nucléaire et les énergies renouvelables. Ensemble, elles peuvent dès à présent devenir les garants solidaires de l'indépendance, de la sécurité de l'approvisionnement et de la compétitivité – si nous visons juste. Au cours de la dernière décennie, nous avons accompli des progrès considérables dans le domaine des énergies renouvelables. Le solaire photovoltaïque et l'éolien ont dépassé les combustibles fossiles dans le bouquet énergétique de l'UE. Et nos fabricants européens d'éoliennes sont des géants mondiaux. Ils exportent dans le monde entier des produits de haute technologie fabriqués en Europe. L'histoire du nucléaire est malheureusement différente. Alors qu'en 1990, un tiers de l'électricité européenne provenait du nucléaire, aujourd'hui cette part est tombée à environ 15 %. Cette réduction de la part du nucléaire était un choix. Je pense que c'était une erreur stratégique de la part de l'Europe de se détourner d'une source fiable et abordable d'énergie à faibles émissions.
Il faut que cela change, et ce pour deux raisons. Tout d'abord, parce que le nucléaire et les énergies renouvelables ont un rôle essentiel à jouer. Il ne s'agit pas de choisir l'un ou l'autre – c'est ensemble qu'ils expriment toute leur puissance. Car ce dont nous avons besoin, c'est d'un système énergétique global qui soit le meilleur – propre, abordable, résilient, européen. Les énergies renouvelables produisent les électrons les moins chers, mais elles sont fluctuantes, car elles dépendent de l'ensoleillement et du vent, et parfois les meilleurs sites sont loin des centres de la demande industrielle. C'est pourquoi nous devons également investir dans le stockage et dans la flexibilité de la demande et développer nos réseaux.
Capable de fournir de l'électricité toute l'année, 24 heures sur 24, l'énergie nucléaire est une énergie fiable. Le système le plus efficace combine donc le nucléaire et les énergies renouvelables et repose sur le stockage, la flexibilité et les réseaux. La deuxième raison est que l'Europe a été pionnière dans le domaine de la technologie nucléaire et qu'elle pourrait à nouveau jouer un rôle de premier plan dans ce domaine. Les réacteurs nucléaires de nouvelle génération pourraient devenir un produit d'exportation européenne de haute technologie à haute valeur ajoutée. Et c'est ce qui nous amène à Paris aujourd'hui.
Ces dernières années, nous assistons à une résurgence de l'énergie nucléaire dans le monde. Et l'Europe veut en faire partie. L'année dernière, nous avons modifié nos règles en matière d'aides d'État afin d'étendre notre soutien à la fission et aux combustibles nucléaires. Nous avons lancé la première alliance industrielle mondiale pour les petits réacteurs modulaires. Et nous avons proposé d'investir plus de 5 milliards d'euros dans notre prochain budget consacré à la recherche sur la fusion, notamment par l'intermédiaire d'ITER.
Mais après des années de diminution des investissements, nous devons redoubler d'efforts pour inverser la tendance. C'est pourquoi nous présentons aujourd'hui une nouvelle stratégie européenne pour les petits réacteurs modulaires. Notre objectif est simple. Nous voulons que cette nouvelle technologie soit opérationnelle en Europe d'ici le début des années 2030. Afin qu'elle puisse jouer un rôle clé aux côtés des réacteurs nucléaires traditionnels, dans un système énergétique flexible, sûr et efficace.
Nous proposons trois grands ensembles de mesures. Premièrement, nous avons besoin de règles simples. Nous créerons des bacs à sable réglementaires afin que les entreprises puissent tester des technologies innovantes. Et nous collaborerons avec les États membres afin que les règles soient alignées par-delà les frontières. La logique est claire. Lorsqu'un déploiement est sûr, il doit être simple et s'effectuer dans l'ensemble de l'Europe.
Deuxièmement, nous devons mobiliser les investissements. Aujourd'hui, je peux annoncer que nous créerons une garantie de 200 millions d'euros pour soutenir les investissements privés dans les technologies nucléaires innovantes. Et les ressources proviendront de notre système d'échange de quotas d'émission. Non seulement nous réduirons les risques liés aux investissements dans ces technologies à faible intensité de carbone. Mais nous voulons également envoyer un signal clair à d'autres investisseurs pour qu'ils s'engagent. Il s'agit d'une étape concrète. Une étape qui s'inscrit dans le cadre d'un effort plus large visant à améliorer les conditions d'investissement dans le secteur nucléaire européen.
Troisièmement, il doit s'agir d'un effort européen conjoint. Le modèle économique des réacteurs modulaires a besoin d'échelle. La coopération par-delà les frontières européennes est donc essentielle. C'est pourquoi nous collaborerons avec les États membres afin d'aligner leurs cadres réglementaires, d'accélérer l'octroi des permis et de développer les compétences dont le secteur a besoin. Les entreprises des États membres et les partenaires de confiance devraient également s'unir. Par exemple, ils pourraient co-investir dans la recherche, dans des installations d'essai et dans la création de chaînes de valeur européennes pour les combustibles nucléaires.
Mais notre ambition ne se limite pas aux SMR. Nous devons également renforcer l'écosystème nucléaire au sens large – du combustible à la technologie, des chaînes d'approvisionnement aux compétences. C'est également l'objectif de notre stratégie d'investissement dans les énergies propres – réduire les coûts de l'énergie, accélérer le déploiement des technologies propres et élargir les perspectives de financement.
Mesdames et Messieurs,
La course aux technologies nucléaires est lancée. Mais nous savons que l'Europe dispose de tout ce dont elle a besoin pour la mener. Nous disposons d'un demi-million de travailleurs hautement qualifiés dans le secteur nucléaire, soit bien plus que les États-Unis et la Chine. Nous sommes à la pointe de l'innovation mondiale dans le domaine des réacteurs modulaires. Et nous avons maintenant l'ambition de progresser rapidement et à grande échelle pour que l'Europe soit un pôle mondial de l'énergie nucléaire de la prochaine génération.
Je vous remercie.
Détails
- Date de publication
- 10 mars 2026
- Auteur
- Représentation en France