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Représentation en France
Discours9 novembre 2022Représentation en France

Discours de la Présidente von der Leyen lors de la session plénière du Parlement européen sur les conclusions du Conseil européen des 20 et 21 octobre 2022

Weekly meeting of the von der Leyen Commission, 09/11/2022

"Seul le texte prononcé fait foi"

Merci Madame la Présidente, chère Roberta.

Monsieur le Président, cher Charles,

Mesdames et Messieurs les Députés,

L'ampleur de la crise énergétique impose un sentiment d'urgence, en même temps qu'elle réclame une vision stratégique. Nous avons progressé plus vite que nous ne l'aurions jamais cru possible. Depuis le début de la guerre, Poutine a réduit de 80 % ses exportations de gaz par gazoduc à destination de l'Europe.

En huit mois à peine, nous avons réussi à remplacer l'essentiel du gaz russe. Par exemple, nous avons plus que doublé nos importations de GNL en provenance des États-Unis. De 22 milliards de mètres cubes l'an dernier à 48 milliards de mètres cubes à ce jour pour cette année. Cela nous a permis de remplir nos capacités de stockage à 95 %. Parallèlement, nous avons réduit notre consommation de gaz de 15 %. Je n'ai pas oublié combien Poutine avait essayé de nous mettre sous pression. Combien certains craignaient des pannes généralisées en Europe lorsque la guerre a commencé. Non seulement ce sombre scénario a été évité, mais nous sommes aussi désormais pleinement parés pour l'hiver. Et surtout, les prix du gaz ont diminué de près de deux tiers par rapport à leur niveau du mois d'août. Nous y avons tous contribué – et nous pouvons tous en être fiers.

Au cours des dernières semaines, nous avons travaillé à un ensemble de mesures pour faire baisser les prix: un mécanisme pour contenir les hausses excessives des prix sur notre marché du gaz; un écrêtement des bénéfices exceptionnels enregistrés par les entreprises du secteur de l'énergie, pour soutenir les ménages et les entreprises vulnérables; des achats communs de gaz; et une conception plus intelligente du marché de l'électricité, à laquelle nous sommes en train de travailler.

Mais la prochaine saison de remplissage des capacités de stockage – à la fin de l'hiver – sera encore plus difficile. Nous serons confrontés à trois grands obstacles. Premièrement, la Russie peut décider d'interrompre totalement ses livraisons de gaz à l'Europe. Deuxièmement, la capacité mondiale de production de GNL ne pourra pas se développer assez vite pour combler le déficit qui en résulterait. Et troisièmement, la croissance asiatique absorbera peut-être l'essentiel du surplus de GNL. En conséquence, l'été prochain, l'Europe pourrait manquer de quelque 30 milliards de mètres cubes pour remplir ses capacités de stockage.

Mesdames et Messieurs les Députés,

Aujourd'hui, nous nous préparons pour faire face à ces risques et, ce faisant, nous fixons le bon cap pour l'avenir. Parce que des choix que nous faisons aujourd'hui dépendra notre capacité à combler nos besoins en énergie pour 2023 et au-delà. Mais c'est maintenant qu'il faut agir.

C'est pourquoi j'aimerais aujourd'hui me concentrer sur deux sujets qui auront une importance cruciale. Tout d'abord, les énergies renouvelables. N'ayons pas peur des mots: nous nous trouvons à la croisée des chemins. Soit nous ne tirons pas les enseignements de la crise actuelle et nous laissons de nouveau enfermer dans le piège du carbone pour l'avenir. Soit nous utilisons cette crise pour faire un bond de géant en matière d'énergie propre. C'est non seulement bon pour le climat, mais aussi pour garantir notre sécurité énergétique, à une heure où le gaz est devenu et restera une denrée rare. La bonne nouvelle, c'est que nous sommes prêts à accélérer. D'ici à la fin de cette année, nous aurons enregistré la plus forte croissance de l'histoire de l'Union européenne dans le domaine des énergies renouvelables: 50 gigawatts de plus – soit le double de la capacité ajoutée l'an dernier. Et nous pourrions aller encore plus vite. De très nombreux nouveaux projets axés sur les énergies renouvelables ne demandent qu'à être approuvés. Certains d'entre eux permettraient de fournir de l'énergie à moindre coût immédiatement, en quelques semaines ou quelques mois seulement. Je pense, par exemple, à des panneaux solaires sur les bâtiments existants, ou à des parcs éoliens.

Cependant, trop de ces projets sont au point mort, en raison de longues procédures d'autorisation. Notre nouvelle directive sur les énergies renouvelables – que vous avez déjà votée en séance plénière – remédiera à ce problème. Toutefois, cela prendra du temps – largement plus d'un an avant qu'elle ne soit transposée en droit national par tous les États membres. Compte tenu des circonstances exceptionnelles auxquelles sont confrontés nos citoyens et nos entreprises, nous ne pouvons pas nous permettre d'attendre.

C'est pourquoi nous proposons aujourd'hui une nouvelle intervention d'urgence au titre de l'article 122, en vue d'accélérer immédiatement les procédures d'autorisation des projets d'énergies renouvelables à impact rapide. Cette proposition aura une durée et une portée limitées. Et elle sera alignée sur votre vote.  Elle permettra de combler l'écart, en attendant l'entrée en vigueur de la nouvelle directive sur les énergies renouvelables. Ainsi, nous pourrons débloquer une myriade de projets d'énergies renouvelables dès les 12 prochains mois. D'après les calculs de l'Agence internationale de l'énergie, nous pourrions déjà remplacer 14 milliards de mètres cubes de gaz l'an prochain. Cela représente près de la moitié de notre déficit potentiel, rien qu'en accélérant les procédures d'autorisation de ces projets. Cet objectif est réaliste et nous pouvons l'atteindre ensemble.

Mesdames et Messieurs les Députés,

Mon deuxième point: nous devons sauvegarder la compétitivité de l'industrie européenne. Ce travail commence chez nous, en Europe. Nos industries intensives en énergie, comme la chimie, l'acier et le verre, ont besoin d'un accès sûr à une énergie bon marché. Mais dans ces temps exceptionnellement durs, les prix ont augmenté considérablement, comparés à nos principaux concurrents. Beaucoup de nos entreprises sont en grande difficulté.

C'est pourquoi nous avons mis à jour notre Cadre temporaire de crise en matière d'aides d'État. Et nous avons augmenté les plafonds d'aides d'État pour les PME et les industries intensives en énergie. Mais pas tous les États membres ont les moyens d'accorder des aides d'État, alors même que tous les États membres ont besoin d'augmenter et d'accélérer leurs investissements pour réduire la demande d'énergie et pour accroître la production de renouvelables.

Mesdames et Messieurs les Députés,

C'est là que REPowerEU entre en jeu. Si nous renforçons la force de frappe financière de REPowerEU, nous ferons en sorte que tous les États membres aient la possibilité de réaliser ces investissements essentiels. En d'autres termes, tous les États membres auraient ainsi les mêmes chances de préparer l'avenir et disposeraient, par ailleurs, d'une marge de manœuvre budgétaire pour soutenir les entreprises et les ménages vulnérables. Ce travail est également utile dans le contexte d'une course mondiale aux technologies propres, qui va en s'intensifiant. Car il permettra à l'Europe de rester attractive pour l'industrie.

Que ce soit clair: je considère que la concurrence mondiale est une bonne chose. Elle sert de moteur à l'innovation, elle renforce l'efficacité et elle appelle le progrès. Dans le même temps, pour être efficace, cette concurrence mondiale doit être équitable. Nous avons besoin de conditions de concurrence équitables. Nous ne voulons pas voir de distorsions du marché ou de discrimination à l'égard de nos entreprises. Assurons-nous qu'il s'agit d'un nivellement par le haut, tant pour le climat que pour notre industrie. Telles sont les valeurs de l'Europe et aussi, je le sais, de ce Parlement.

Vive l'Europe.

Détails

Date de publication
9 novembre 2022
Auteur
Représentation en France